Portrait de Lama Tsultrim Gelek, alias Jean-Marc GANDIT, notre trésorier.

« Soyez vous-même et faites ce que vous êtes ! Et tant pis si cela n’est pas conforme à la pensée dominante ! »

Lama, qui êtes-vous, que faites-vous dans la vie ?

J’ai 66 ans et je suis originaire de Grenoble, en Rhône-Alpes. J’ai également habité en Irlande ainsi qu’à Londres.

Enfant, j’avais deux passions. Je voulais travailler à Air France et je voulais être moine. J’allais sur la terrasse de l’aéroport de Lyon et j’étais fasciné par les avions, les échanges culturels, les voyages. J’ai fait de cette passion pour les voyages mon métier : j’étais steward à Air France. J’aimais mon travail, il me satisfaisait pleinement.

Mais il y avait toujours un petit quelque chose qui manquait, un sens, quelque chose. Une incomplétude continuelle. La spiritualité a toujours fait partie de ma tradition familiale, très catholique et pratiquante.

Une collègue de travail lisait un livre sur le bouddhisme. Cela m’a interpelé, elle me l’a prêté. Et ça a été une révélation. Tout sonnait juste. Plus tard, je me suis mis en disponibilité en quelque sorte – car ma compagnie aérienne me gardait une place « au cas où » – j’ai effectué la célèbre retraite bouddhiste de trois ans, trois mois et trois jours. Je suis devenu lama (enseignant bouddhiste) et moine !

Je dirige le monastère de Lusse, dans les Vosges.

Qu’aimez-vous ?

J’aime la dimension spirituelle de la vie, la métaphysique, la nature, l’art en général, la musique (l’opéra) et la peinture.

J’aime la probité, l’honnêteté, la fidélité, ce qui lie les êtres, les relations enrichissantes.

J’aime mon chat.

Je suis fasciné par les échanges culturels. Je me souviens d’une femme, à l’époque des pieds noirs en Algérie, qui avait débarqué, une cape de touareg sur les épaules. Ça m’avait marqué. Tout m’a poussé à ces échanges. Air France a facilité, ma vie a été sans obstacle, mêmes si quelques éléments se sont parfois mis en travers.

Que disent de vous les gens qui vous connaissent ?

Que j’ai beaucoup d’affection, pour ma famille (la Sangha) et que je vis mal la trahison. Je mets beaucoup de temps à fermer une porte, mais quand elle est fermée, c’est définitif.

Qu’est-ce que vous n’aimez pas ?

Je n’aime pas les révolutions. Les réformes, oui, mais pas les révolutions. Parce que j’aime les transmissions, toutes les transmissions.

Un exemple en est l’acupuncture, que j’ai étudiée. Des générations et des générations ont peaufiné le geste. Je me souviens d’un maître qui expliquait et nous transmettait le bon geste, le plus précis mais le moins douloureux pour le patient. Il nous demandait de le piquer dans le dos et il était capable de dire si le geste avait été correctement acquis, ou s’il y avait un progrès à faire. Une élève avait fait un autre geste « parce qu’elle faisait selon son propre ressenti ». Il l’a exclue du cours. Parce qu’elle n’était pas dans une attitude d’écoute, elle n’était donc pas disponible pour recevoir l’enseignement.

La réflexion est nécessaire, elle provient de, et se fait parallèlement à partir de nos empreintes . Mais l’écoute est primordiale en Asie et doit précéder la réflexion.

Parlez-moi d’un objet personnel auquel vous êtes attaché ou qui a une signification particulière pour vous…

Non, je ne vois pas. Je ne suis pas vraiment attaché aux choses, il n’y a rien de spécial.

Si peut-être. Une petite statue de Bouddha qu’on m’a donnée quand j’avais vingt ans. Pour l’évocation de la vie spirituelle asiatique. C’est une attirance « vraie ».

Vous peignez, vous chantez aussi. Quelque chose que vous avez créé, peut-être ?

Ah oui ! J’ai créé en enregistré un CD. J’avais écouté des chants de Lama Gyourmé et adapté une mélodie à la pratique du Guru Yoga écrite par le précédent Kalou Rimpoché, au mantra du Lama Racine. J’avais reçu la transmission de cette pratique le 10 mai 1989, le jour même du décès de Kalou Rinpoche. J’en avais parlé à mon maître, Ringu Rimpoché, qui m’a dit :

« Tu dois faire un CD ! »

Alors je l’ai fait. Les profits de ce CD sont intégralement reversés à Rigul Trust , l’œuvre de charité de mon maître, au Tibet.

Si vous deviez dire le mot de la fin, qu’auriez-vous envie de dire, de faire passer comme message ?

« Soyez vous-même et faites ce que vous êtes !

Et tant pis si cela n’est pas conforme à la pensée dominante ! ».

Merci beaucoup !

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